MOOD

Mon 24ème hiver

Après ces attentats qui m’ont fortement touchée, j’ai voulu prendre un peu de recul, sur tout.

 IMG_20150113_172954

Avant le 7 janvier 2015, j’ai fêté mes 24 ans, quatre petits jours avant et tout allait « bien ». Je faisais le bilan de ma vie et de celle que j’aimerais construire. Un bilan pas très optimiste (c’est dans ma nature ou dans la culture française, je ne sais pas trop). Malgré ça, j’étais de bonne humeur puisque j’organisais mon anniversaire que j’allais fêter le samedi 10 janvier. Et puis il y a eu ce moment où avec mon père, devant la télé, nous lisions « attentat à Charlie Hebdo » en gros titre. On voyait le Président, le ministre de l’intérieur et surtout, la Maire de Paris, qui avait une mine épouvantable.
Avec mon père on ne comprenait pas trop ce qu’il se passait… et puis ça été le drame.

Je n’ai jamais très bien compris le monde dans lequel je vis et je me suis toujours sentie un peu en décalage avec la société et ces principes ou valeurs qui font lois aujourd’hui mais ce qui venait de se passer dépassait mon imagination.
Un truc s’était cassé.

C.H.A.R.L.I.E _C.H.I.A.L.E.R

Oh oui.. j’ai chialé, j’avais les boules, j’étais très en colère, j’essayais de comprendre comment on pouvait tomber dans cette bêtise et pourquoi l’Histoire n’est qu’un éternel recommencement.
Mais plus que tout, je me suis sentie violée dans mes libertés.
Je suis une enfant née en 1991, qui n’a pas connu la guerre mais qui en a souvent entendu parler. Moi aussi je suis une petite-fille d’immigrés. Ma grand-mère a subi la guerre d’Espagne, la dictature et la misère. Avant d’arriver en France, elle travaillait au Maroc, où elle a rencontré mon grand-père, lui même espagnol d’origine mais né en Algérie où ses parents ont monté un petit hôtel pour échapper à la pauvre Andalousie.
Les histoires de ma grand-mère et de Franco, je les écoute toujours, son travail de mémoire a bien été accompli en ce qui me concerne mais ça n’est pas le cas de tout le monde.

Alors oui, j’ai toujours eu en tête que la liberté et notamment la liberté d’expression était quelque chose de fragile mais pas en France. J’ai eu tort de penser ça. Et c’est à ce moment là que j’ai pensé que nous avions tous notre responsabilité dans ce drame.

Aujourd’hui je me sens française, là où j’ai toujours trouvé ça « débile » d’être « bleu-blanc-rouge ». C’est vrai, quoi.. j’aurais pu ne jamais naître, encore moins être française. Je me suis toujours sentie européenne et citoyenne du monde. J’ai passé et je passe ma vie dans cette banlieue qu’on appelle « 9-3 ». La différence et ce mélange de cultures a été un enrichissement personnel et je ne comprenais pas ces français se revendiquant français.
Aujourd’hui je me revendique comme étant française parce que j’ai une culture qui n’est pas commune. Je vis dans un pays laïque et très inégalitaire mais à défaut, j’ai encore la liberté de croire ou de ne pas croire, de dire ou de ne pas dire.

Bien évidemment il y a eu ce rassemblement le mercredi 7 janvier à République et puis celui du 11 janvier. Une façon pour moi de dire que je n’ai pas peur et que je les emmerde.

Et puis il y a eu l’après Charlie. La vie reprenait petit à petit. J’ai fêté mon anniversaire et pour la première fois je prenais un réelle plaisir à être libre et heureuse.
Après Charlie, il y a eu la reprise, la recherche d’emploi. Là aussi je pourrais en parler des heures, un sujet pas très éloigné de Charlie.
Bac +5, à la recherche d’un emploi, après en avoir vraiment chié en stage, pensant que mes efforts allaient m’ouvrir énormément de portes – F A U X
Aujourd’hui on me propose des postes entre le smic et 1370€ net par mois. Parfois je me demande si je n’ai juste pas de chance comme beaucoup d’autres ou la destiné de ceux qui n’ont pas fait des études dans des domaines « rentables ».
Faut-il tout accepter à n’importe quel prix ?

Pour me consoler, je me dis que ça pourrait être pire. . . tout en gardant espoir que ça s’améliore.